dimanche, février 17, 2008

Vendredi soir... lancement

Dans mon dernier message, j'invitais les gens à venir au lancement du livre de Mira Falardeau "Histoire de la Bande dessinée au Québec".

Pourquoi?
Pour l'occasion de se retrouver ensemble, discuter, rigoler et montrer que la BD est bel et bien vivante à Québec. Et parce que les gens qui écrivent sur la BD, au sujet d'autre chose qu'Hergé/Tintin se comptent sur les doigts d'une main, alors il faut le souligner.


Bon, les auteurs présents n'étaient pas légion. Il y avait bien quelques légendes: Côté, Fournier, Gaboury, Siris, Pageau (sic). Il y avait cette ambiance de joie autour du fait que le labeur de ces auteurs allait enfin être reconnu.
Chez les "jeunes auteurs", on y a rencontré PisHier et Petr (et moi même, le pourquoi des guillemets).

Le livre
Je n'ai pas encore lu la totalité du livre, alors loin de moi la volonté d'en faire une critique complète. Toutefois, en tant qu'individu légèrement égocentrique et orgueilleux, j'ai tout de suite été voir les paragraphes me concernant (et qui d'autre n'en ferait pas de même, je vous le demande!).
Or, m'y attendait un étrange sentiment d'euphorie acidulée aux arrières goûts de déception.

Historique
Mme. Falardeau m'a envoyé un e-mail me demandant la permission d'utiliser une de mes pages dans le livre. Demande à laquelle j'ai acquiescé avec joie (elle me proposait une page de Motus! je lui ai dit préférer une page de Morlac, car plus récent, elle me demanda de lui en envoyer une, je ne le fit pas (par oubli) et Motus! ce fut).


Ce qui me peine c'est que, me joignant par courriel concernant l'image, il lui aurait été si facile d'y joindre le texte me concernant afin que je puisse en réajuster le tir avant l'irréversible impression finale. Elle aurait d'ailleurs pu le faire pour la majorité des auteurs (je ne suis peut-être pas le seul a avoir été involontairement malmené) de façon à produire un ouvrage de référence complet et surtout impeccable. Mais ce ne fut pas le cas. J'ai donc découvert le texte décrivant mon travail une fois le livre imprimé.

Les risques d'une telle entreprise
Dès les pages de garde du livre, L'auteure s'empresse de préciser:

Si quelques petites erreurs de dates ou de titres ont pu se glisser dans ce livre, veuillez m'en excuser à l'avance, les sources étant en BD à l'image de leurs auteurs: fantaisistes, et imaginatives, quoique éminemment conviviales.
Hébien voilà, c'est dit. Or je lui pardonnerai donc les erreurs de dates et de titres. Mais seulement celles-là, hein! ;-)

Dégustons donc la chose
Tout d'abord, le fait de figurer dans la section Les Fanzines plutôt que dans la section Les Albums est un joli camouflet.

Je respecte énormément les fanzines, j'y ai oeuvré ma part avec joie et en reste un grand lecteur. Cependant, je considère désormais mon travail comme un travail d'auteur. Je me voyais donc dans la section Les Albums- La BD d'auteur, au côté des André-Philippe Côté, Line Arsenault, Michel Rabagliati, Jimmy Beaulieu et Eva Rollin.
Que nenni. On me relègue à la section Fanzines-Albums.

Dans le livre, la définition qui y est donnée de fanzine est très jolie:
Oxygène de la BD, le fanzine permet au créateur de se ressourcer et d'exprimer une parole plus personnelle, hors des sentiers battus. Fanzine semble donc signifier tout ce qui sort de la définition traditionnelle d'histoire séquentielle au récit linéaire logique avec phylactères dans les cases, le tout imprimé en couleur et, idéalement, avec un style européen bien léché.
Pour moi, fanzine est synonyme d'auto-publication. Ce qui n'est plus mon cas depuis Villégiature en 2000 (dont l'histoire principale avait été créee exprès pour le livre) d'où mon sentiment d'être listé au mauvais endroit.

Memories...
Le soir de son lancement, Mme. Falardeau me rappela que nous avions dédicacés côte à côte au festival de BD en 2001. Elle venait de lancer La Mercière Assassinée et moi Villégiature. Au lancement, j'ai omis de lui dire qu'elle m'avait, cette journée là en dédicaçant, donnée la première d'une série de baffes qui se poursuit aujourd'hui, car elle m'avait alors dit: "Ça a l'air bien ton livre, mais comme le texte est inscrit sous les cases, ce n'est pas de la bande dessinée."
Jadis, je m'étais retenu de lui dire ce que je pensait de sa vision étroite, passéiste et réductrice de ce que devrait être, selon elle, la bande dessinée. Et je me suis encore retenu à son lancement. Je suis zen, non?

Allez, foin d'orgueil, acceptons la chose avec humilité: j'ai beau me targuer d'être un auteur, je dis parfois bédéiste puisque le terme existe (même s'il est décrié par plusieurs auteurs qui le trouvent infantilisant), mais en fait, dans l'univers de Mme. Falardeau, je ne suis qu'un fanzineux publié.

Fanzine-album... soit! Un peu de papier collant et l'égo a encore l'air presque neuf.

Le texte
Je vais donc passer au crible ce qui est mentionné dans le livre à mon propos et le commenter au fur et à mesure (texte du livre en bleu, commentaires en rouge):

Les fanzines actuels
(titre du bloc de texte)

Les fanzines-albums (sic) des Éditions de La Pastèque et de Mécanique Générale s'accordent aux tonalités actuelles, écriture aiguë et dessins toujours près du graffiti.
(Aie, ça part sur les chapeaux de roues! Je suis convaincu que les éditeurs de La Pastèque, perfectionnistes et esthètes du livre en tant que bel objet et du design graphique d'Avant Garde vont apprécier. Quant à Mg, comme Jimmy Rouleau est cité dans la section BD d'auteur tout ira bien. Mais généraliser "dessin près du graffiti" pour l'ensemble du catalogue de ces deux maisons d'édition est un jugement de valeur très subjectif. Au moins, les graffitis deviennent de plus en plus beaux et artistiques)


Éric Asselin (pseudonyme Leif Tande) (né en 1969) - 6 albums - a publié dans les revues Tabasko! et Spoutnik.
(La première partie est toute vraie, je l'avoue... ça me donne 38 ans, bientôt 39! Mais j'ai 9 albums à mon actif et j'étais l'éditeur en chef de Tabasko! que j'avais eu l'idée de fonder avec Phlpp Grrd, et auquel on a demandé à Djief de participer à titre d'auteur vedette)

Il se situe dans une trajectoire artistique précise, ...
(C'est super gentil, mais inapproprié: J'ai fait deux compilations de courtes histoires, trois pseudo livres pour enfants, deux livres muets, deux adaptations de textes ou romans, un livre expérimental... mon cheminement artistique est un cafouillis total! À mon plus grand plaisir!)


... travaille sa case comme un tableau, s'inspire du rendu de la gravure avec ses creux et ses zones sombres.
(Ah, mais c'est une belle prose que celle là; mais est-ce véridique? Je travaille rapidement, minimalement, mes dessins sont naïfs aux traits intentionellement mal dégrossis, maladroits et triturés... selon moi et aussi selon le CALQ, qui a déclaré: "Le dessin de Leif manque de souplesse et de maturité alors il n'ira pas au lancement de son album à Paris (le con)". Mais c'est tout subjectif ça. Alors comme c'est bien écrit, ce doit être vrai que je fais des dessins aux accents de gravures.)

Lorsqu'il utilise des couleurs, elles scintillent à cause de la luminosité particulière qu'il sait donner à l'ensemble.
(C'est probablement le texte le plus élogieux et le plus poétique que j'ai lu à propos de la bande dessinée. Quelle belle plume... mais ça s'adresse à qui?
J'AI AUCUN (fanzine-)ALBUM EN COULEUR!!! Je ne travaille qu'en noir et blanc! J'ai fait quelques pages en couleur dans la revue Kamikaze, et j'ai coloré mes cadres du Panda pour le fun... C'est tout. Ce n'est pas du tout significatif dans mon oeuvre! C'est du tout noir et blanc avec frottis et/ou tons de gris! Je comprends plus, moi).

Rares sont les bédéistes qui arrivent à un tel niveau esthétique, et c'est la raison de sa popularité.
(Sérieusement, j'apprécie ÉNORMÉMENT ce barrage de compliments. Mais chaque phrase me donne l'impression qu'elle a été écrite pour quelqu'un d'autre que moi et mes trucs. "Esthétique"? Je dis plutôt naïvité et spontanéité, peut être... points de vue inhabituels, images au trait organiques, passe encore, mais "esthétique"?
Et "popularité"? C'est très TRÈS excessif. Fussais-je populaire, j'en saurait quelque chose, non? Ou suis-je seul à l'ignorer?)

S'en suit alors une bibliographie que je vous présente ici:
Villégiature (Zone Convective, 2000) (exact) Le Boxeur (Zone Convective, 2002) Non. Mano-Blanco Comix, 2002! Motus! (Mg, 2002), Pando le Panda (La Pastèque, 2003), ici on oublie Le Poulpe: Palet Dégueulasse (adaptation du roman du même nom de Michel Dolbec, Six Pieds Sous Terre, France, 2004) merde, mon seul album édité en Europe!, Morlac (La Pastèque, 2005), William (Mg, 2006) et ici on oublie complètement Danger Public (sur un scénario de PhlppGrrd, La Pastèque, 2007) sont autant de fanzines-albums (encore! Allez j'aime ça, Fouette! Fouette!) dont les propos ocillent étrangement entre morbidité et quotidienneté. (Pas mal vu celle là. J'avoue.) À l'opposé de ce discours extrême, il parle aux enfants dans Le Canard et le Loup (La Pastèque, 2007). (Ouais, faut pas l'avoir lu pour dire ça, mais bon c'est pardonnable non?)

Conclusion
En conclusion, malgré que le texte me concernant soit hautement élogieux, aucune des qualités qui y sont soulignées ne semble convenir à mon travail. J'en tire deux suppositions: soit Mme. Falardeau n'a rien lu de ce que j'ai fait (on ne peut quand même pas avoir tout lu la BD québécoise pour en faire un livre, quand même) ou elle n'aime juste pas ça mais écrit le contraire, avec toute la bonne volonté dont elle est capable. C'est gentil, mais ça sonne faux.

En fin de compte, j'aurais juste aimé que quelqu'un qui fait un livre sur l'histoire de la BD au Québec prenne le temps de soumettre ce qu'elle a écrit à propos des auteurs à ceux qui sont rejoignable, afin de s'assurer de la justesse et de la véracité du contenu. De cette façon, la petite postface d'excuses n'aurait pas eu besoin d'être.

J'ai bien hâte de lire le reste, et j'ai l'impression qu'en ce qui concerne les bédés des années 70-80-90, ce sera vraiment intéressant comme ouvrage d'hommage et de référence.

Il ne faut surtout pas oublier le BDQ 2000 de Michel Viau, qui demeure un incontournable. On espère d'ailleurs une refonte éventuelle: BDQ 2010?

8 Comments:

Anonymous Anonyme said...

Le livre de Viau est aussi passionnant à lire qu'un annuaire de téléphone.
À part flatter le narcissisme des auteurs et dépanner trois ou quatre archivistes, je ne vois pas vraiment l'intéret de ce genre de catalogue.

22.2.08  
Blogger Leif Tande said...

Bien oui, c'est un ouvrage de référence. Ce genre de truc grave dans l'histoire les noms des acteurs de la BD et nous flatte le narcisse. C'est vrai.

Mais ça a aussi le mérite d'être très bien documenté et majoritairement objectif, non?

24.2.08  
Anonymous Anonyme said...

D'un gâteau, on peut dire qu'il est excellent. C'est un point de vue subjectif qui ne correspondra pas nécessairement à l'opinion de tous. On peut aussi dire qu'il contient de la farine, des oeufs, du sucre etc. C'est objectif, mais c'est d'un ennui mortel.

24.2.08  
Anonymous Francis Hervieux said...

Merci Leif pour cette déconstruction critique du passage te concernant. Aussi impensable soit-il, on sent que tu te forces pour rester le plus objectif possible dans ta démarche. Parce que seule la vérité importe, non?

Les anonymes appuient rarement leurs déclarations...

A noter cependant que "Danger public" n'avait aucune chance d'être mentionné dans le livre de Mira Falardeau, en tenant compte des contraintes des délais éditoriaux et des aléas de l'impression, vue sa parution à l'automne 2007. Il y a toujours un décalage normal dans ce type d'ouvrage...

Francis Hervieux

P.S. À défaut d'une mise à jour du BDQ, Michel Viau travaille sur une série d'articles intitulés "Histoire de la bande dessinée au Québec" (tiens, quelle coïncidence originale dans le titre) depuis août 2003 dans MensuHell. Près d'une cinquantaine d'articles à ce jour, dans une toute autre optique de lecture qu'un annuaire de téléphone. Mais là je suis en train de squatter ce blog pour de la vile promotion en tentant de rectifier les choses... Désolé! :-/

28.2.08  
Anonymous Eid said...

Hé hé!
Moi, je viens de découvrir que j'ai 6 albums à mon actif. Ça veut dire qu'il y en a 2 que je n'ai pas lus!

Faut que je me les procure... si seulement j'avais les titres!

Ceci dit, je n'ai pas encore pris le temps de lire au complet donc, c'est un peu tôt pour juger.

28.2.08  
Anonymous Michel Pleau said...

Bravo Leif pour ton article... Un délice!

Michel Pleau

29.2.08  
Blogger Leif Tande said...

Anonyme:
Ton point de vue n'est pas faux. Mais il demeure ton point de vue. C'est pour ça qu'il y a différentes sortes de livres, il y en a pour tous les goûts. Toi tu préfères un guide critique des restos avec photos, moi je préfère un livre de recettes. Les deux sont aussi valables. À condition que le contenu soit fiable et vérifiable. Un resto mal coté ou une recette mal décrite mènent tous deux à un mauvais souper!
:-)

Francis:
Salut Francis,
"Danger Public" a vu le jour en même temps que "Le Canard et le Loup", qui est mentionné dans le livre. On nomme un des jumeau mais on ignore l'autre! ;-)
Etoui, je lis les chroniques de M.Viau avec intérêt dans ton MensuHell™ mensuel (plogue!).

Eid:
Hé J-P! Ça boume?
Ça me prends absolument ces deux inédits, ils doivent valoir une fortune!!! :-)

Michel:
Hey Mike, comment va?
Merci pour le commentaire.

1.3.08  
Anonymous Michel Viau said...

Cher Anonyme,

Le BDQ est, comme son nom complet l'indique, un répertoire. Il est donc normal que sa lecture soit aride (j'ai moi-même découragé quelques personnes de l'acheter pour cette raison): c'est un ouvrage de références.

Avant de procéder à l'écriture de l'histoire de la BD au Québec, il m'a semblé normal de recenser d'abord ce qui avait été publié. Cela évite d'écrire des conneries telles que "la BD d'auteur au Québec est née avec Costello" par André-Philippe Côté (1993). Alors qu'en est-il d'Oror par André Philibert (1970), de Zeph de St-Anselme par Jean Lacombe (1989), de Ma Météor bleue par Caroline Merola (1990), de L'Homme de paille de Pierre Drysdale (1991) et de plusieurs autres?

Quoi qu'il en soit, le résumé historique de 15 pages au début du BDQ est aussi complet que l'ouvrage de Madame Falardeau et assûrément plus objectif...

5.3.08  

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